douter


douter

douter [ dute ] v. tr. ind. <conjug. : 1>
doter 1080; lat. dubitare « craindre, hésiter » redouter
1Être dans l'incertitude de (la réalité d'un fait, la vérité d'une assertion). DOUTER DE. Douter de la réalité de qqch. Douter de l'authenticité d'une nouvelle. Douter du succès. désespérer. J'en doute fort. N'en doutez pas : soyez-en certain. À n'en pas douter : sans aucun doute. « Je doute avec mon cœur de ce que mon esprit reconnaît comme vrai » (Bourget). Littér. Douter de (et inf.). Il ne doute pas d'y parvenir. Trans. dir. DOUTER QUE(avec subj.). Je doute fort qu'il vous reçoive. Ne pas douter que... (avec subj. si la chose est très peu probable). Je ne doute pas qu'il est sincère, qu'il (ne) soit sincère. (Avec condit.) Je ne doute pas qu'il accepterait, si j'insistais. Littér. DOUTER SI (et indic. ou condit.) :ne pas savoir si. ⇒ se demander. « Aussi les parents de la belle doutèrent longtemps s'ils obéiraient » (La Fontaine).
2(XVe) DOUTER DE : mettre en doute (des croyances fondamentales considérées comme des vérités). « Comme Hamlet, il doutait de tout maintenant, de ses pensées, de ses haines et de tout ce qu'il avait cru » (R. Rolland). Absolt « De l'homme qui doute à celui qui renie, il n'y a guère de distance. Tout philosophe est cousin d'un athée » (Musset).
3Vx Hésiter. tergiverser. « Pourriez-vous un moment douter de l'accepter ? » (Racine). Mod. Ne douter de rien : n'hésiter devant aucun obstacle, aller de l'avant, hardiment, sans tenir compte des difficultés. Iron. Il ne doute de rien : il fait preuve d'une audace insolente, il croit que tout lui est possible, permis (cf. Avoir un sacré culot, un sacré toupet).
4 ♦ DOUTER DE : ne pas avoir confiance en. ⇒ se défier, se méfier. Douter de qqn, de sa parole, de sa sincérité, de son honnêteté. Douter de soi : ne pas être sûr de ses possibilités, de ses sentiments. « Que cette idée ne vous vienne jamais de paraître douter de vous, car aussitôt tout le monde en doute » (Musset).
5 V. pron. (XVe) SE DOUTER.(Suivi d'un indéf.) Considérer comme tout à fait probable (ce dont on n'a pas connaissance). conjecturer, croire, deviner, imaginer, pressentir, soupçonner, supposer. Vous doutiez-vous de cela ? s'attendre. Ils se sont doutés de qqch. flairer, subodorer. Je ne me doutais de rien. Il est très mécontent, je m'en doute; je m'en doute un peu; je ne m'en serais jamais douté. Ah ça ! je m'en doutais ! j'avais prévu la situation. SE DOUTER QUE(et indic. ou condit.). 1. penser, supposer. « Nous ne nous doutions pas que si peu de temps après nous aurions à supporter ensemble une si grande épreuve » (Romains).
⊗ CONTR. Admettre, croire.

douter verbe transitif indirect (latin dubitare) Ne pas être sûr de l'authenticité de quelque chose, de sa réalité, de sa vérité : Douter de l'existence de Dieu. Ne pas être sûr de quelqu'un, avoir des réserves sur la confiance qu'on peut lui accorder : Ne doutez jamais de mon amitié. Être dans l'incertitude quant à la réalisation, l'existence d'un fait, l'accomplissement d'une action : Je doute de pouvoir être là à l'heure. Suspendre son jugement, faire preuve de scepticisme dans une démarche philosophique ou être en proie au doute religieux. ● douter (citations) verbe transitif indirect (latin dubitare) Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 Une idée que j'ai, il faut que je la nie : c'est ma manière de l'essayer. Histoire de mes pensées Gallimard Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 Ce qui est aisé à croire ne vaut pas la peine de croire. Minerve ou De la sagesse Gallimard Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 Penser c'est dire non. Propos sur la religion P.U.F. Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Propos sur la religion P.U.F. Bernard Le Bovier de Fontenelle Rouen 1657-Paris 1757 Tout le monde ne sait pas douter : on a besoin de lumière pour y parvenir, et de force pour s'en tenir là. Réflexions sur la poétique André Gide Paris 1869-Paris 1951 Je puis douter de la réalité de tout, mais pas de la réalité de mon doute. Les Faux-Monnayeurs Gallimard André Gide Paris 1869-Paris 1951 Je n'écris plus une phrase affirmative sans être tenté d'y ajouter : « peut-être ». Journal Gallimard André Gide Paris 1869-Paris 1951 L'appétit de savoir naît du doute. Cesse de croire et instruis-toi. Les Nouvelles Nourritures Gallimard Jean Grosjean Paris 1912 Le dieu doute et ne se survit même que par son doute. La Gloire Gallimard Charles Joseph, prince de Ligne Bruxelles 1735-Vienne 1814 Il y a deux espèces de sots : ceux qui ne doutent de rien et ceux qui doutent de tout. Mes écarts Henri Poincaré Nancy 1854-Paris 1912 Académie française, 1908 Douter de tout ou tout croire, ce sont deux solutions également commodes, qui l'une et l'autre nous dispensent de réfléchir. La Science et l'hypothèse Flammarion Pie II (Enea Silvio Piccolomini) Corsignano, aujourd'hui Pienza, 1405-Ancône 1464 Plus on sait, plus on doute. Chi più sa, più dubita. ● douter (difficultés) verbe transitif indirect (latin dubitare) Construction 1. Douter de qqch, douter de (+ infinitif) : il doute de ses capacités ; il doute de pouvoir le faire. 2. Douter que (+ subjonctif ou conditionnel) : doutez-vous qu'il soit sincère ? Je doute qu'elle serait contente d'apprendre ce que vous me dites. 3. Ne pas douter que, doutez-vous que (+ subjonctif). Avec ne explétif dans l'expression soignée : je ne doute pas qu'il ne parte ; doutez-vous que le moment ne soit venu ? L'usage courant omet le ne : je ne doute pas qu'il vienne ; doutez-vous que le moment soit venu ? Ne pas douter que (+ indicatif). Pour insister sur la réalité du fait : je ne doute pas qu'il sera présent à l'heure dite. Ne pas douter que (+ conditionnel). Pour marquer l'hypothèse : ne doutez pas qu'il le ferait s'il le pouvait. 4. Douter si (+ indicatif) : je doute si nous nous reverrons un jour. Registre littéraire et soutenu. 5. Se douter que (+ indicatif) = penser que, juger probable que. Je me doute qu'il a étudié soigneusement le projet avant d'accepter. ● douter (expressions) verbe transitif indirect (latin dubitare) Ne pas douter que, être sûr que : Je ne doute pas que ce projet réussira. À n'en pas douter, sans aucun doute, assurément. Douter de soi, ne pas être sûr de soi, de ses capacités, manquer de confiance en soi. Ne douter de rien, n'hésiter devant aucun obstacle ou, péjorativement, avoir une confiance excessive en soi ou en sa chance. ● douter (synonymes) verbe transitif indirect (latin dubitare) Ne pas être sÛr de quelqu'un, avoir des réserves sur...
Synonymes :
- se défier
- se méfier

douter
v. tr. indir. et dir.
d1./d Hésiter à croire à. Douter de la réussite d'une entreprise. Je doute qu'il vienne.
d2./d Mettre en question (des vérités établies). Douter même de l'évidence.
d3./d Ne douter de rien: être trop sûr de soi. Les sots ne doutent de rien.
d4./d Ne pas avoir confiance en, soupçonner. Douter de qqn, de son amitié.
d5./d v. Pron. Pressentir, avoir l'intuition de. Se douter de qqch. Je me doutais qu'il n'y arriverait pas.

⇒DOUTER, verbe.
I.— Emploi trans. et abs. Être dans le doute sur l'existence de quelque chose, la valeur ou la vérité d'une affirmation.
A.— Emploi trans. indir. Douter + prép. de.
1. Vieilli et littér. [Le compl. est un inf.] Hésiter à. Une seconde, il douta de pouvoir continuer (ESTAUNIÉ, Ascension M. Baslèvre, 1919, p. 293) :
1. [LE DUC]. — Est-ce que vous douteriez d'intervenir, vous, Monsieur, si féru d'honneur, quand le renom, la gloire d'une famille seraient menacés par des éléments vils?
J. DE LA VARENDE, L'Homme aux gants de toile, 1943, p. 271.
2. Usuel
a) [Le compl. désigne un inanimé] Douter du zèle, de la probité de qqn, du succès de qqc. (Ac. 1835-1932). Coterie (...) où il était convenu qu'on est intelligent dans la mesure où on doute de tout (PROUST, Swann, 1913, p. 279). J'espère que tu ne doutes pas de l'affection que j'ai pour mes enfants (H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 218). Cf. douteux ex. 1 et doute ex. 4 :
2. L'homme incertain est celui qui, en présence d'une représentation sensible ou intellectuelle, doute de ses propres fonctions et des rapports qu'elles posent, ou de la réalité d'un objet qu'ils semblent impliquer : ...
RENOUVIER, Essais de crit. gén. 3e essai, 1864, p. XXXI.
3. ... alors, pour la première fois, le Tarasconnais douta. Il douta du Monténégro, il douta de l'amitié, il douta de la gloire, il douta même des lions; et, comme le Christ à Gethsémani, le grand homme se prit à pleurer amèrement.
A. DAUDET, Tartarin de Tarascon, 1872, p. 123.
[Accompagné d'une négation à valeur d'affirmation atténuée] Je ne doute pas de. Je suis sûr de. Je ne doute pas du résultat, de vos talents.
Ne douter de rien. Témoigner d'une assurance excessive en tranchant hardiment en matière d'opinion, en entreprenant des affaires hasardeuses. Un grand clerc d'avoué (...) fier et fort impertinent, ne doutant de rien, tranchant sur tout (MUSSET, Lettres Dupuis Cotonet, 1836, p. 659). La jeunesse ne doute de rien (G. LEROUX, Myst. ch. jaune, 1907, p. 110).
[En incise avec en] À n'en pas douter. De façon certaine. Je sais, à n'en pas douter, que ces jeunes gens ressentent l'un pour l'autre (...) une tendresse réciproque (GUILBERT DE PIXÉR., Coelina, 1801, p. 15). J'en doute fort. Il vaincra! — Peut-être! — En douterais-tu? — J'en doute (CLADEL, Ompdrailles, 1879, p. 253). [Avec négation] Je n'en doute pas, n'en doutez pas. Je reviendrai vous voir demain matin, reprit-il, n'en doutez pas, Corinne (STAËL, Corinne, t. 1, 1807, p. 218).
SYNT. Douter de l'authenticité, de l'existence, de la réalité de qqc.; douter de l'amour, du courage, des intentions, de la parole, des sentiments, de la sincérité de quelqu'un.
b) [Le compl. désigne une pers.] Ne pas avoir confiance en quelqu'un, se défier de lui :
4. Doute du bonheur,
fruit mortel;
Doute de l'homme plein d'envie;
Doute du prêtre et de l'autel;
Mais crois à l'amour, ô ma vie; ...
HUGO, Les Contemplations, t. 2, 1856, pp. 70-71.
Douter de soi. Ne pas être sûr de ses sentiments, de ses possibilités. Moment difficile pendant lequel on doute de soi, quand ce n'est pas des autres (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 192) :
5. Il est certain que j'ai trop douté de moi, jusqu'ici. Le doute de soi n'est pas l'humilité, je crois même qu'il est parfois la forme la plus exaltée, presque délirante de l'orgueil, une sorte de férocité jalouse qui fait se retourner un malheureux contre lui-même, pour se dévorer.
BERNANOS, Journal d'un curé de campagne, 1936, p. 1221.
B.— Emploi trans. dir. Douter + prop.
1. Vieilli et littér. Douter + prop. interr. indir. + ind. ou cond. Je doute si je partirai demain (Ac. 1878). Longtemps j'ai pu douter si Proust ne jouait pas un peu de sa maladie pour protéger son travail (GIDE, Journal, 1921, p. 694).
2. Usuel. Douter + prop. complétive
a) Douter que + subj. Je doute que le remède soit efficace (FLAUB., Corresp., 1874, p. 163).
b) Ne pas douter que + ne explétif et le subj. Je ne doute pas qu'il ne vienne bientôt (Ac. 1835-1932). Quant à mademoiselle Fellaire, il ne doutait pas qu'elle ne fût très riche (FRANCE, Jocaste, 1879, p. 40).
[Avec suppression de ne pour exprimer un fait incontestable] Je ne doute pas que cela soit vrai, qu'il vienne.
[Avec l'ind.] Je ne doute pas que c'est un honnête homme. Il n'y a pas à douter que tous sauront retrouver (...) la même admirable unanimité (DE GAULLE, Mém. guerre, 1959, p. 347).
Rem. Dans les phrases interr., on peut exprimer ou non le ne explétif. Doutez-vous qu'il ne vienne? Doutez-vous que je sois malade? (Ac. 1835, 1878).
C.— Emploi abs. Être dans le doute; avoir des doutes. Avoir le droit, des raisons de douter. On s'observe. On se scrute. On doute. On n'a jamais confiance en l'amour (GÉRALDY, Toi et moi, 1913, p. 61). Et Michel n'a pas interrogé, pas douté. Il a accepté cette histoire grotesque, sans hésiter, sans se dire que c'était fou! (COCTEAU, Par. terr., 1938, II, 12, p. 264). Cf. aussi doute ex. 2 :
6. Or, qui est-ce qui examine, qui est-ce qui doute, qui est-ce qui juge qu'il ne faut pas juger encore afin de mieux juger? Évidemment l'intelligence...
COUSIN, Hist. de la philos. du XVIIIe s., t. 2, 1829, p. 503.
Spécialement
1. PHILOS. Mettre en doute tout ce qui est proposé à l'intelligence. P. ext. N'être sûr de rien, faire preuve de scepticisme. En philosophie, en critique, c'est avoir beaucoup profité que d'avoir appris à douter (Ac. 1878-1932). Cf. affirmer ex. 25 :
7. ... s'il existe à-la-fois dans la nature, seulement deux sceptiques, bien certains de cette seule chose, de se sentir douter, d'exister doutans, lequel des deux consentira à n'être qu'une modification de la vertu sentante et doutante de son camarade?
DESTUTT DE TRACY, Éléments d'idéologie, Logique, 1805, p. 296.
8. Celui qui doute ne peut pas, en doutant, douter qu'il doute. Le doute, même généralisé, n'est pas un anéantissement de ma pensée, ce n'est qu'un pseudo-néant, je ne peux pas sortir de l'être, mon acte de douter établit lui-même la possibilité d'une certitude...
MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception, 1945, p. 457.
2. RELIG. Être en proie au doute. Ne pas adhérer à la foi. Anton. croire. Oui, c'est entendu, je ne crois pas. Mais je doute, et mon doute est en faveur du mythe (LARBAUD, Barnabooth, 1913, p. 270). Cf. doute ex. 8 :
9. Au delà des horizons de la science, il n'est pas plus sage de nier que d'affirmer. On doute, quelquefois on espère, puis la foi entre dans l'âme sans qu'on sache pourquoi ni comment; ...
MÉNARD, Rêveries d'un païen mystique, 1876, p. 201.
10. Ainsi perpétuellement je crois et je doute, je crois par un geste de mon cœur, je doute par une répulsion de mon intelligence; ...
RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906, p. 316.
II.— Emploi pronom. à valeur subjective. Se douter (de), (que). Avoir (une) idée de quelque chose, croire sur certains indices à une chose qu'on peut redouter. Être loin de se douter, avoir l'air de se douter de/que. (Quasi-) synon. conjecturer, deviner, pressentir, soupçonner.
A.— Se douter + prép. de. Se douter de l'infidélité de qqn, du retentissement de qqc., du travail de qqn. Elle [votre lettre] ne m'a rien appris de neuf, ou du moins je me doutais de tout ce que vous me dites (FLAUB., Corresp., 1870, p. 120).
[En incise, avec en] Je m'en doutais bien, depuis longtemps; je m'en suis toujours douté; pouvais-je m'en douter; j'aurais dû m'en douter; on s'en doute! on s'en serait douté!
Fréquemment à la forme négative. Ne pas se douter de qqc.; ne se douter de rien. Ignorer (et de ce fait n'avoir aucune appréhension). Le dix-huitième siècle, qui ne s'est douté de rien, n'a douté de rien (MAISTRE, Constit., 1810, p. 24). À lire vos articles, si robustes, si puissants, personne ne se douterait de vos fatigues et de vos insomnies (HUGO, Corresp., 1869, p. 194). [En incise avec en explétif] Je ne m'en doutais guère, pas, point :
11. Surtout, faites semblant de ne rien savoir, hein? Il croit que personne ne s'en doute. Chaque fois qu'il va la voir, il cherche des prétextes et il me donne des explications pendant dix minutes.
PAGNOL, Marius, 1931, I, 4, p. 37.
B.— Se douter + complétive. Fréquemment à la forme négative
1. Se douter que + ind. Il ne se doutait pas qu'on l'avait vu. « Elle ne m'aimera jamais! elle ne se doute pas même que je l'adore! » (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p. 215).
2. Se douter que + cond. Et quand il [Bossuet] mit au net pour son royal élève ses rédactions d'école, il ne se doutait pas qu'un jour, on les prendrait si fort au sérieux (MASSIS, Jugements, 1923, p. 30).
Rem. 1. On peut relever l'emploi du subj. après une prop. princ. à la forme négative, le subj. exprimant alors le doute. [Félicité] ne se doutant même pas qu'elle eût rien fait d'héroïque (FLAUB., Trois contes, Cœur simple, 1877, p. 17). De même ds LITTRÉ : Je ne me doutais pas qu'il vînt; pouvais-je me douter qu'il dût venir si tôt; et Ac. 1798-1932 : Il ne se doutait pas qu'on eut des preuves contre lui. 2. On rencontre ds la docum. a) Doutant, ante, part. prés. employé comme adj. Vertu sentante et doutante (cf. ex. 7 supra). b) Doutable, adj., rare. Dont on peut douter. « Comment le savez-vous? » Il répondit :« C'est pas doutable » (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Père Judas, 1883, p. 103). c) Un adj. synon. et doublet du précédent dubitable. Dont on peut douter, sujet à caution. La transcription dubitable d'un interviewer (BLOY, Journal, 1894, p. 112).
Prononc. et Orth. :[dute], (je) doute [dut]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 « craindre » (Roland, éd. J. Bédier, 1186); 2. 1130-40 « être dans l'incertitude au sujet de quelque chose » doter de (WACE, Conception Notre-Dame, 1134 ds KELLER, p. 69b); 3. id. « ne pas savoir que faire » emploi abs. (ID., 669, ibid., p. 91b); 4. 1580 « n'être sûr de rien, professer le scepticisme » (MONTAIGNE, Essais, éd. A. Thibaudet, II, XII, p. 559); 5. début XIVe s. se douter de (qqc.) (Vraie croiance, ms. Cambrai, C 246 f° 6c ds GDF. Compl.). Du lat. class. dubitare « hésiter, douter ». Fréq. abs. littér. :9 564. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 13 817, b) 12 558; XXe s. : a) 13 152, b) 14 243. Bbg. DARM. Vie 1932, p. 156.

douter [dute] v. tr. ind. (de…) et tr. dir. (que…)
ÉTYM. 1080, doter ou duter; du lat. dubitare « craindre, hésiter », de dubius « indécis, qui hésite entre deux attitudes », de duo « deux ».
1 Être dans l'incertitude de la réalité d'un fait, de la vérité d'une assertion (→ Assertion, cit. 2).
Douter de… || Douter de la réalité de qqch. || Douter de l'authenticité d'une nouvelle. || Douter du succès d'une entreprise sans en désespérer. || Douter d'une vérité. || Douter des choses les plus évidentes. || Il doute aujourd'hui de ce qu'il affirmait hier. — ☑ Loc. J'en doute, j'en doute fort.N'en doutez pas : soyez-en certain (→ Aller, cit. 38; désordre, cit. 21).À n'en pas douter : sans aucun doute. Incontestablement, sûrement.
1 Quand on aime, on doute souvent de ce qu'on croit le plus.
La Rochefoucauld, Maximes, 348.
2 Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement :
Les gens en parleront, n'en doutez nullement.
La Fontaine, Fables, III, 1.
3 Comme l'amour fait douter des choses les plus démontrées, cette femme qui, avant l'intimité, était si sûre que son amant est un homme au-dessus du vulgaire, aussitôt qu'elle croit n'avoir plus rien à lui refuser, tremble qu'il n'ait cherché qu'à mettre une femme de plus sur sa liste.
Stendhal, De l'amour, VII, p. 53.
4 Je doute avec mon cœur de ce que mon esprit reconnaît comme vrai.
Paul Bourget, le Disciple, IV, p. 92.
4.1 Nous pouvons à la fois douter des mêmes choses auxquelles nous croyons et dans le moment même. Car tout ce qui pour nous est l'objet d'un sentiment profondément ressemble en cela à la vie, qui est pour nous un objet de foi et d'amour. Nous croyons à la durée de nos amours, et nous en doutons. Nous croyons à la vie immortelle, et nous en doutons. Nous croyons en Dieu, et nous en doutons (…)
Proust, Jean Santeuil, Pl., t. III, p. 583.
Littér. || Douter de… (suivi de l'inf.). || Je doute d'avoir dit cela. || Douter de pouvoir faire telle chose. || Il ne doute pas d'y arriver.
5 Elle ne doutait pas d'être toujours en état de se donner à son mari; et elle en recueillit très distraitement la preuve quelques soirs après.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, I, p. 8.
Douter que… (suivi du subj.; à la forme affirmative, sans ne explétif). || Je doute fort que cela soit (Académie).
6 (…) j'ose douter qu'ils (Voiture et Sarrazin) fussent tels aujourd'hui qu'ils ont été alors.
La Bruyère, les Caractères, XIII, 10.
Ne pas douter que… ne… (suivi du subj.). → Bras, cit. 21; corbeau, cit. 6. || Je ne doute pas qu'il ne vienne.REM. Pour insister sur le caractère incontestable du fait envisagé, on omet le ne explétif ou on emploie l'indicatif. Je ne doute pas qu'il vienne; je ne doute pas qu'il viendra. Quand le fait envisagé est hypothétique on emploie le conditionnel. Je ne doute pas qu'il accepterait, si j'insistais. aussi Doute, 4., rem., a.
7 (…) je ne doute point qu'il n'y ait eu une ancienne erreur (…)
La Bruyère, Disc. sur Théophraste.
8 Il ne faut point douter qu'il fera ce qu'il peut.
Molière, l'Étourdi, II, 7.
9 Ne doutant pas que le lendemain, sa servante accepterait une proposition qui était pour elle tout à fait inespérée.
Maupassant, Histoire d'une fille de ferme, III.
Littér. || Douter si… (suivi de l'indic. ou du cond.). Demander (se), savoir (ne savoir si). || Je doute si je serai en mesure d'accomplir ma promesse (Littré). || Je doute si j'accepterais un tel poste, dans de pareilles conditions (→ outre les ex. ci-dessous, la cit. 14, Pascal).
10 Vous promettez beaucoup, Prince; et je doute fort
Si vous pourrez sur vous faire ce grand effort.
Molière, Dom Garcie, I, 3.
11 Aussi les parents de la belle doutèrent longtemps s'ils obéiraient.
La Fontaine, Psyché, I.
12 (Vos esclaves) Doutent si le Vizir vous sert ou vous trahit.
Racine, Bajazet, V, 8.
13 (…) les plus sages doutent quelquefois s'il est mieux de connaître ces maux que de les ignorer.
La Bruyère, les Caractères, X, 7.
2 (XVe). || Douter de… : mettre en doute (des croyances fondamentales considérées comme des vérités, en matière de religion, de morale…). || Les sceptiques doutent de tout, de toutes choses. || Douter des mystères de la religion.
14 Que fera donc l'homme en cet état ? Doutera-t-il de tout ? doutera-t-il s'il veille, si on le pince, si on le brûle ? doutera-t-il s'il doute ? doutera-t-il s'il est ? On n'en peut venir là; et je mets en fait qu'il n'y a jamais eu de pyrrhonien effectif parfait. La nature soutient la raison impuissante, et l'empêche d'extravaguer jusqu'à ce point.
Pascal, Pensées, VII, 434.
15 Comme Hamlet, il doutait de tout maintenant, de ses pensées, de ses haines et de tout ce qu'il avait cru.
R. Rolland, Michel-Ange, II, III, p. 162.
15.1 Douter de tout ou tout croire, ce sont deux solutions également commodes, qui l'une et l'autre nous dispensent de réfléchir.
H. Poincaré, la Science et l'Hypothèse, p. 2.
Absolt. || Savoir douter (→ Crédibilité, cit. 1; croire, cit. 19). || Douter bien, à bon escient (→ Courir, cit. 68). || Apprendre à douter. || Douter pour douter. || Il a longtemps douté avant de croire.
16 Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?
Bible (Segond), Évangile selon saint Matthieu, XIV, 31.
17 Non que j'imitasse pour cela les sceptiques, qui ne doutent que pour douter, et affectent d'être toujours irrésolus (…)
Descartes, Disc. de la méthode, III.
18 C'est donc un malheur que de douter, mais c'est un devoir indispensable de chercher dans ce doute (…)
Pascal, Pensées, III, 194 bis.
19 La balance à la main, Bayle enseigne à douter.
Voltaire, Poème sur le désastre de Lisbonne (→ Balance, cit. 9).
20 De l'homme qui doute à celui qui renie, il n'y a guère de distance. Tout philosophe est cousin d'un athée.
A. de Musset, la Confession d'un enfant du siècle, Pl., p. 237.
21 Douter, c'est examiner, c'est démonter et remonter les idées comme des rouages, sans prévention et sans précipitation (…)
Alain, Propos, p. 21.
3 Vx. Hésiter. Balancer (vx), tergiverser. || Il a longtemps douté avant de tenter cette entreprise (Académie).
22 Pourriez-vous un moment douter de l'accepter ?
Racine, Athalie, III, 4.
Loc. Ne douter de rien : n'hésiter devant aucun obstacle, aller de l'avant hardiment, sans tenir compte des difficultés.Iron. || Il ne doute de rien : il fait preuve d'une audace insolente, il se fait des illusions en croyant que tout lui est possible, que tout lui est permis (→ Avoir tous les culots, tous les toupets).
22.1 « Comment donc, monsieur Cyrus, s'écria le marin, je suis tout prêt à passer capitaine… dès que vous aurez le moyen de construire une embarcation suffisante pour tenir la mer !
— Nous le ferons, si cela est nécessaire ! » répondit Cyrus Smith.
Mais tandis que causaient ces hommes, qui véritablement ne doutaient de rien, l'heure approchait (…)
J. Verne, l'Île mystérieuse, t. I, p. 185.
4 Douter de… : ne pas avoir confiance en (qqn, qqch.). Défier (se), méfier (se). || Douter de qqn, de sa parole, de sa sincérité, de son honnêteté (→ Désespérer, cit. 2). || Douter du cœur de qqn (→ Assaut, cit. 5). || Pourquoi doutez-vous de moi ? || Douter de soi : ne pas être sûr de ses sentiments, de ses possibilités.
23 Et de moi je commence à douter tout de bon.
Molière, Amphitryon, I, 2.
24 Vous doutez de la sincérité de mes paroles; jamais peut-être je n'ai senti avec plus d'amertume qu'en ce moment le peu de confiance que je puis inspirer.
A. de Musset, Comédies et Proverbes, Les caprices de Marianne, II, 3.
25 Doutez, si vous voulez, de l'être qui vous aime,
D'une femme ou d'un chien, — mais non de l'amour même.
A. de Musset, Premières poésies, « Dédicace à M. Alfred T… ».
26 Que cette idée ne vous vienne jamais de paraître douter de vous, car aussitôt tout le monde en doute.
A. de Musset, Comédies et Proverbes, « Barberine », I, 4.
27 Tu doutes trop de moi, Jacques, ce n'est pas généreux (…)
Alphonse Daudet, le Petit Chose, II, XIV, p. 362.
28 Quiconque doute de soi n'est pas digne de se faire croire. Le doute est la faiblesse même.
Suarès, Trois hommes, « Ibsen », II, p. 91.
29 Ce malheureux apporte, à ne plus douter de soi-même, la sombre et dérisoire passion qu'il manifestait la veille dans le mépris de ses propres efforts.
G. Duhamel, Manuel du protestataire, II, p. 75.
——————
se douter v. pron.
ÉTYM. (XVe).
(Suivi d'un indéf.). Considérer comme tout à fait probable (ce dont on n'a pas connaissance). || Se douter de qqch. Conjecturer, croire, deviner, pressentir, soupçonner; idée (avoir idée de); → Affinité, cit. 3; assez, cit. 48; conjecture, cit. 1. || Se douter de qqch. de louche. Flairer, subodorer; → Il y a anguille sous roche. || Je me doute de l'effet produit. Imaginer; → Centre, cit. 13. || Je m'en doutais ! Évidemment, naturellement. || On s'en doutait (→ Tu parles !). || Vous doutiez-vous de cela ? Attendre (s'). || Est-ce que tu t'en doutais ? || Ne pas se douter de… Ignorer.Se douter que… (suivi de l'indic. ou du cond.). → ci-dessous, cit. 33 et 34. || Je me doute que c'est difficile.
30 (…) on ne crut point qu'il se doutât de rien.
La Fontaine, Fables, VIII, 18 (→ Assurance, cit. 8).
31 Il se doute de quelque chose.
Molière, George Dandin, I, 2.
32 — Ne devines-tu point de quoi je veux parler ? — Je m'en doute assez : de notre jeune amant (…)
Molière, le Malade imaginaire, I, 4.
33 Est-ce qu'elle se doute
qu'elle vous prend le cœur;
en cueillant sur la route
des fleurs ?
Francis Jammes, la Jeune Fille…, in Choix de poèmes, p. 59.
34 Nous ne nous doutions pas que si peu de temps après nous aurions à supporter ensemble une si grande épreuve (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, XXVIII, p. 314.
35 (…) à quoi lui servait l'intuition qu'elle avait reçue, sinon à la torturer ? Flairer la présence d'un secret (…) n'est-ce pas plus pénible que l'ignorance absolue de celui qui ne se doute de rien ?
J. Green, Léviathan, p. 169.
CONTR. Admettre, croire, décider (se), espérer, reconnaître, résoudre (se), savoir.
DÉR. Doute, douteur.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • douter — /dow teuhr, dooh /, n. an implement for snuffing out candles, consisting either of a scissorlike device with two broad flat blades or of a cone at the end of a handle. [1615 25; dial. dout (v.) (contr. of DO1 + OUT; cf. DOFF, DON2) + ER1] * * * …   Universalium


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